Source: T.V. Hebdo (TVA publications)

Auteur: Monsieur X

Sujet: Éditorial anonyme qui tente de comparer le golf au mini-putt.


Je ne parle pas souvent de sport mais cette semaine, je ne peux résister. ll faut
que j'exprime mes vues sur le plus grand et le plus noble de tous les jeux jamais inventés par l'homme, ou par la femme, le mini-putt.
Je faisais l'autre jour un détour par RDS quand je tombai sur Le défi mini-putt. Défi... Déjà, le mot évoque grandeur et noblesse. Quand Hercule partit exécuter ses travaux, sa femme lui dit: "C'est tout un défi que tu vas relever là, mon Hercule..." Et l'homme fort lui répondit: "Oui, maman, mais c'est quand même moins dur que le mini-putt." Et cette pensée soulagea l'épouse craintive.
Ce qui me frappe dans le mini-putt télévisé, c'est l'extraordinaire faculté de "faire-semblant" de tous les acteurs du drame. J'ai bien dit drame. Car ce qui se passe sur ces verts synthétiques n'a rien de comique. L'ambiance est on ne peut plus sérieuse. D'un sérieux à trancher au couteau.
Le mini-putt télévisé n'a en effet rien d'un jeu au sens infantile du mot. Contrairement à son grand frère, il ne dispose même pas d'un Chi Chi Rodriguez ou d'un Lee Trevino pour alléger l'atmosphère. Pour participer au mini-putt, il faut montrer patte blanche, c'est-à-dire avoir vraiment l'air d'un golfeur ou d'une golfeuse, tant par l'habillement (il est très important de porter un pantalon au pli impeccable et de coordonner les couleurs) que par le comportement (il faut en tout point respecter le code d'éthique du vrai golf). Au fond, la longueur du parcours mise à part, la seule différence entre le maxi et le mini, c'est que celui-ci ne requiert pas un caddy pour la bonne raison que les sportifs ont un seul bâton à traîner et que les distances entre les trous sont très courtes.
Pour le reste, c'est comme si vous participiez au U.S. Open. Aux mines déconfites, vous croyez vraiment que Jack Nicklaus ou Nancy Lopez viennent de rater le putt qui leur aurait assuré le titre et les 300000$ US qui l'accompagnent. D'ailleurs, vous n'avez qu'à écouter l'animateur et l'analyste (parce que, oui, il y a un analyste dont le rôle est de dire que le putt a été réussi ou raté, ce que vient de montrer l'image et de dire l'animateur!) pour comprendre qu'il se joue là, sur ces verts miniatures, des drames inaccessibles au commun des mortels. Quand Suzanne se concentre et que la voix de l'animateur devient presque un souffle, vous savez que dans deux secondes une page d'histoire s 'écrira ou ne s'écrira pas.
Et tu regrettes alors de ne pas être doué, de ne pas avoir la chance, toi aussi, de faire semblant et de te retrouver, comme Suzanne et les autres, star d'un vert.